17 avril 2018

Comment motiver un·e développeur·se

Benoit Gantaume est un Artisan Développeur. Passionné par son métier depuis 18 ans, il a encadré plusieurs équipes, jusqu’à 20 personnes, durant son parcours. Il partage aujourd’hui sa vision du développement au travers d’un blog et d’un podcast.

Motiver un·e développeur·se, c’est pas si compliqué ! Mais cela demande de bien comprendre la psychologie de cet animal curieux. D’autant plus qu’au jour où j’écris ces lignes, le marché est clairement en notre faveur. Ayant la double casquette développeur et chef d’entreprise, je suis à la fois enchanté et inquiet quand je constate la difficulté à trouver les bons profils et l’évolution des salaires.

Se questionner sur la motivation est un enjeu significatif : au delà de limiter le turn over, elle a un impact majeur sur la quantité et la qualité de notre production. Le cerveau ne fonctionne pas comme des bras et les logiques productivistes du siècle dernier s’appliquent mal à notre métier.

“We want to do our best work. We want our work to have meaning. We want to have fun along the way”
— Sandie Metz

C’est en lisant le livre de Sandie Metz (Practical Object Oriented Design) que j’ai trouvé la meilleure définition de ce qui motive un·e développeur·se. Nous voulons offrir notre meilleur travail. Nous voulons trouver du sens dans notre travail. Et nous voulons prendre du plaisir sur le chemin.

Donner le meilleur de soi

Offrir le meilleur est essentiel car cela donne l’estime de soi et nourrit la fierté. Attention, pas celle, déplacée, qui rend arrogant. Je parle plutôt de la fierté du devoir accompli. Donner le meilleur dans une belle œuvre, tel un·e artisan·e heureux·se de son ouvrage. Il y a cette idée du travail bien fait qui est importante. Et c’est d’ailleurs un enjeu que de se mettre d’accord sur ce point, car cette notion peut vite devenir assez subjective et peut changer avec le temps.

Pour donner le meilleur de soi et travailler dans de bonnes conditions il y a quelques basiques comme le matériel : est-il vraiment raisonnable de mégoter sur quelques milliers d’euros qui pourraient faire gagner plusieurs centaines d’heures ? Donc, achetez toujours du bon matos. N’ayez pas peur d’y mettre le prix : que ce soit dans les ordinateurs, les écrans ou les fauteuils !

Mais attention, le matos ne suffit pas : en tant que créatif·ve·s nous avons besoin d’un contexte favorable pour se donner à fond.

Comment je reconnais si les développeur·se·s d’une équipe donnent le meilleur d’eux·elles même ? Il suffit de les écouter. Ecouter le regard qu’il·elle·s portent sur leur travail. Ecouter la relation qu’il·elle·s entretiennent avec leurs pairs, le management ou les client·e·s. Attention, l’humour peut être utilisé pour faire passer des messages importants quand la communication est difficile. Le non verbal est plus important que les mots.

Trouver du sens

Je me rends compte que pour moi le meilleur sens que je puisse trouver est d’avoir de l’impact au travers des logiciels que je développe. J’ai besoin qu’il y ait des utilisateur·rice·s derrière pour me motiver. C’est ce qui me permet en particulier de garder un haut niveau d’exigence et d’affronter les moments d’hésitation avec courage et les doutes avec conviction.

Quelque soit votre sens, il est important de le trouver : je crois qu’il n’y a rien de pire pour un·e développeur·se que de ne pas le trouver ou d’avoir l’impression de faire les choses à l’envers. Dans le meilleur des cas, il·elle s’en va. Dans le pire des cas, il·elle se résigne et démissionne intérieurement. Non en fait dans le pire des cas, il·elle part en burnout !

Pour donner du sens, c’est pas très compliqué, il faut prendre le temps d’expliquer le projet, son ambition et le lien avec le travail quotidien. C’est une fausse économie que de ne pas le faire. C’est également important de savoir où en est l’autre dans sa vie et voir comment son projet personnel coïncide avec le projet d’entreprise. En un mot, créer du lien.

Prendre du plaisir

Je remarque que le plaisir est une valeur répandue dans le métier. Qu’est-ce qui fait cela ? Est-ce parce que nombre d’entre nous sont né·e·s dans la génération Y et que cette génération en est empreinte ? Est-ce la nature de notre travail qui génère des tonnes d’hormones ? Est-ce un fait universel, au delà de notre métier ? Je ne sais pas trop. En tout cas le plaisir est une source d’énergie très puissante. D’ailleurs je m’inquièterais d’avoir dans mon équipe un·e développeur·se qui ne prend pas de plaisir à son travail.

Par exemple quand je suis à fond sur une feature, que je coupe mes notifications et mes instants messenger, une bonne musique electro dans le casque, ma machine qui carbure du test auto… J’entre dans un espèce d’état de conscience modifié que l’on nomme ‘le flow’.  J’ai un sentiment de maîtrise totale qui est particulièrement grisant. Un peu comme Néo quand, à la fin du premier opus, il se met à décoder la matrice. Je suis même devenu accroc à cet état. Bon après s’il me permet de faire du bon boulot tout en me faisant du bien, y’a pas de mal docteur·e, hein ?

Finalement ces trois points se nourrissent mutuellement : si je prends du plaisir, j’aurais d’autant plus envie de donner le meilleur de moi-même et si j’y trouve du sens, alors je peux parler d’épanouissement personnel.

Pour aller plus loin